
Directional Piece _Les neufs parties qui composent Directional Piece sont autant de cœurs qui battent, se diffractent et “pulsent” au centre névralgique de New York.
La saturation extrême est une clé de lecture qui ouvre des chemins au milieu du tohu-bohu de Times Square.
La rapidité de vision, la vitesse de perception, l’accélération du défilement vont presque à contre-courant de la lisibilité de la scène.
Les mouvements de la caméra nous plongent dans une expérience sensorielle intense. Le hasard des configurations urbaines et humaines, le mélange des vêtements, des chevelures, des couleurs, des silhouettes, les buildings incandescents et clignotants, le trafic incessant forment un paysage mental.
Par ses mouvements erratiques, la caméra fait apparaître les êtres comme des surgissements, des présences qui bondissent. Elle nous dit comment les êtres se rencontrent, s’évitent, se frôlent, se perdent, se suivent, se mêlent, se retrouvent, se font traverser. Elle oscille, cherche, court, est émue et fait des coupes comme pour mieux trouver sa proie.
Les déambulations sans fin miment des processus psychiques : répétitions, échos, réminiscences, regrets, désirs, pulsions.
Les Frayeuses _Le cycle vidéo Les Frayeuses se distribue sur six grands écrans échelonnés dans l’espace d’exposition. Sur les films projetés en boucle, des femmes marchent, sur le sable, dans la mer, dans la forêt, sur le macadam parisien ou le long de la Cinquième Avenue à New York. Bien qu’elles aient toujours un pied sur leur ombre, elles ne parviennent pas à se rattraper elles-mêmes.
La répétition des pas rend le sol plus mouvant que le corps et remet en question les points de repère spatiaux, provoquant chez le spectateur un dérèglement de la vision, une confusion des sens: le sol semble être en mouvement et les jambes qui défilent le point fixe, tandis que le ciel s’est renversé sur la terre. On doute même de l’identité de l’ombre : est-elle liée au corps qui la porte ou va-t-elle à son propre rythme ?
Les bandes sonores créent une atmosphère trouble et entêtante : chuchotements, couches superposées de respiration, phrases de Duras, notes personnelles qu’un débit rapide de lecture font basculer dans l’incompréhensible : l’œuvre ne donne pas d’informations mais crée un état mental, mi-interne, mi-externe.
Le déploiement des grands écrans dans l’espace crée une atmosphère onirique : le spectateur peut voir simultanément les six écrans mais doit s’approcher de chacun pour entendre le son.
L’exposition à Saint-Clar permettra de voir pour la première fois Les Frayeuses dans le dispositif prévu par l’artiste sur six grands écrans suspendus dans la Vieille église. Ce n’est que sous cette forme, qui lui donne toute sa dimension, que cette pièce peut révéler sa singularité en enveloppant le spectateur dans un espace visuel et sonore complexe.
Dans le parcours artistique de Catherine Gfeller, Les Frayeuses est une œuvre charnière qui ouvre une nouvelle veine : après quinze ans de travail sur l’espace public urbain – silhouettes humaines dans l’architecture de la mégapole – l’artiste se lance dans une exploration intensément sensorielle d’un univers intime.
Catherine Gfeller