Depuis plusieurs années, la recherche photographique de Suzy Lake explore la notion d’identité en s’intéressant tout particulièrement à l’auto-représentation et aux multiples possibilités de l’apparence physique par la personnification de différents individus. […]
La photographie donne lieu chez Suzy Lake à différentes mises en scène, permettant à l’artiste d’emprunter avec une grande aisance d’interprétation l’apparence de multiples personnalités, généralement féminines. […] Ce jeu de figuration peut être considéré comme le résultat de performances réalisées la plupart du temps en catimini, comme s’il s’agissait d’un acte privé, comme une répétition secrète étudiant les limites de l’artiste et du personnage, cet autre soi. […]
Le passage entre la jeune femme et la femme mûre est presque palpable dans l’œuvre de Lake, ce qui nous amène à supposer que l’artiste puise à même ses expériences personnelles, comme motif d’inspiration, mais également comme processus de validation de sa recherche.[…]

L’artiste se permet des vues rapprochées montrant avec plus d’acuité son âge et les transformations subies par son corps, plus particulièrement celles de son épiderme. Le vieillissement devient alors un terrain de bataille entre ce qui est caché et ce qui est montré. Les tabous sont ainsi mis en perspective et témoignent avec virulence de ce que la majorité des femmes cachent par pudeur ou par désir d’une apparence jeune. […] Cette audace dans la divulgation de la réalité est aujourd’hui presque bannie du médium photographique, puisqu’il est aisé de recourir à une multitude d’astuces et de retouches afin de parvenir à un résultat séducteur. Lake, par son choix des prises de vue en gros plans, prend position. Elle révèle les manifestations de l’âge mûr par une composition présentant seulement une partie de son visage, comme dans le triptyque Forever Young in Song, Study # 2 (2002). La bouche est ici au centre de la composition, les mouvements des lèvres accentuent les traits rendant avec fidélité les rides du temps. L’œuvre Pluck (proof) (2001), va encore plus loin dans son propos en rendant public un geste aussi privé que celui d’épiler son menton.

En dévoilant par l’acte photographique sa réalité “culturelle” de femme, Suzy Lake franchit le pas entre le jeu de rôle et sa propre vie ; la limite devient tout à coup très ténue entre la photographe et l’interprète… […] Cette attitude est courageuse, parce qu’elle aborde un sujet peu à la mode pour ne pas dire embarrassant dans notre collectivité nord-américaine, celui de l’inévitable vieillesse et des réalités qui en découlent. […] La problématique de l’apparence comme influence sur l’identité et la subjectivité de la photographie sont mises à profit en tant que stratégie émotionnelle par Lake. • Jocelyne Fortin. Le langage énigmatique des attitudes et des comportements (extraits), catalogue de l’exposition Attitudes et comportements, Suzy Lake, au Musée régional de Rimouski (Canada) en 2002.

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Suzy Lake est née à Détroit en 1947. Elle vit à Toronto et travaille à Guelph (Ontario).
Elle est représentée par Paul Petro contemporary art.

L’exposition est organisée avec le concours du Ministère des Affaires Étrangères du Canada et le Centre culturel canadien à Paris et le soutien de Canada Council college of arts (University of Guelph).