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La Cerisaie, une petite maison dans Lectoure. Deux pièces. La première, éclairée naturellement, présente en préambule une photographie, deux tout au plus. La seconde, dans la pénombre, est le lieu de projection de 160 photographies, trace de dix années de trois vies et de trois générations : ma grand-mère, ma mère et moi. |
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Pour lexposition de lÉté photographique 2005, je voudrais rendre compte de cette durée, une durée qui joue comme une totalité. Cette période de dix ans nest pas ici une durée fixée arbitrairement et au préalable. Elle commence avec mes débuts dans lactivité photographique et sachève avec la mort de ma grand-mère, lété dernier. Javais 19 ans quand mon grand-père est mort, et lannée daprès, jai perdu mon premier amour. Avec le recul, je me rends compte de linfluence déterminante de ces événements personnels qui ont rendu nécessaire mon geste photographique. Pourtant à 20 ans, jétais surtout heureuse de recevoir de ma mère un boîtier avec un objectif me permettant de me rapprocher de mes sujets. Je navais alors aucune intention de construire un album de famille ni quoi que ce soit dautre. Je voulais seulement photographier mes proches quand la lumière était belle et je photographiais beaucoup ma grand-mère parce que je la trouvais fascinante dans ses attitudes de femme. En même temps que jaccumulais, dans lintimité de la maison familiale, les pellicules sur ses gestes quotidiens et féminins, sans aucune mise en scène ou intention préalable, je développais une pratique de lautoportrait qui nécessitait davantage de mise en scène et danticipation. En 1999, je fus invité à participer à lÉté photographique de Lectoure, pour ma première exposition personnelle. Je cherchais à conjuguer ces deux approches. La Cerisaie, avec ses caractères propres, offrait un cadre familier, parce que pétri de vécu, pour les présenter sous une sorte de diptyque : deux portraits en vis-à-vis, le mien, le sien, le visage, le pubis. Il sagissait de montrer quelque chose de la femme en assumant le temps. Aujourdhui, même si pendant dix ans les motifs de la prise de vue ont changé à mesure que ma grand-mère vieillissait, je saisis plus clairement le fil de ma recherche. Derrière lhommage à celle qui a disparu, linterrogation porte sur la construction de soi dans la conscience de la durée. Alors, plutôt que doffrir une forme de portrait de famille, je propose un travail sur lidée que la conscience de soi se pose en reconnaissant dans la filiation le fondement de limage de soi. Virginie Restain, avril 2005. --------------- Exposition réalisée avec laide dImages en scène et la collaboration de Picto Toulouse. |
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