Né à Berlin en 1931, Jurgen Schadeberg se forme à l’école d’optique et de photographie de Berlin tout en travaillant pour un photographe professionnel. Il est encore adolescent lorsqu’il devient photographe pour une agence de presse de Hambourg. Fortement marqué par la guerre, il souhaite quitter l’Allemagne et s’embarque pour l’Afrique du Sud. Dès son arrivée, il devient photographe en chef et directeur artistique de la mythique revue culturelle de la communauté noire Drum Magazine. “Quand je suis arrivé en Afrique du Sud en 1950, j’ai trouvé deux sociétés qui évoluaient en parallèle, sans communiquer entre elles. Il y avait un mur invisible entre ces deux mondes. Le monde noir ou monde non européen comme le décrivait la société blanche, était culturellement et économiquement rejeté par le monde blanc.” C’est dans ces années que Jurgen Schadeberg réalise des clichés essentiels pour l’histoire de l’Afrique du Sud. Il a alors approché tous les grand leaders historiques de la contestation anti-apartheid, couvert tous les grands événements qui ont ponctué ces années, la campagne de défiance en 1952, les grands procès des années 50 ou les funérailles de Sharpeville en 1960.

Jurgen Schadeberg fut un témoin privilégié de la prodigieuse vitalité intellectuelle et artistique de la communauté noire. Une scène musicale particulièrement riche s’était développée sur le modèle nord américain, notamment dans le domaine du jazz. Certaines de ses photographies, telles que celle de Miriam Makeba, debout derrière son micro en 1955, appartiennent aujourd’hui au patrimoine national.
Sa contribution au développement de l’histoire de la photographie en Afrique du Sud est essentielle. Lorsqu’il travaillait pour Drum Magazine, il a formé toute une génération de photographes noirs. Plus récemment, il a contribué à l’éclosion de jeunes talents tels que Santu Mofokeng, Makgotso Gulube et Taryn Millar. Jurgen Schadeberg fut longtemps le seul photographe à s’intéresser aux deux communautés “Comme nouveau venu et étranger, je pouvais facilement passer d’un monde à l’autre…”.

Contraint de quitter l’Afrique du Sud en 1964, il n’y retourne qu’en 1984. Tout en poursuivant son travail de photojournaliste, il réalise des films documentaires et des fictions sur la communauté noire. Il reste un observateur aigu de la société sud-africaine et réalise actuellement un grand projet photographique sur l’afflux dans des squats urbains de modestes agriculteurs noirs chassés de leurs exploitations par de grands propriétaires qui clôturent d’immenses terrains de chasse pour des touristes fortunés.
Surnommé “le père de la photographie sud africaine”, Schadeberg est une figure majeure de l’histoire de la photographie du continent africain. • Patrick Descamps

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Jurgen Schadeberg vit à Johannesburg. Il est né à Berlin en 1931.
Site de l'artiste : www.jurgenschadeberg.com

Exposition réalisée avec la collaboration de Patrick Descamps et le concours de South African Airways.
Une exposition de Schadeberg sur la musique et la danse est présentée du 1er au 15 août à Jazz in Marciac par le Centre de photographie de Lectoure. Le 14 août à 18 h, Jurgen Schadeberg retracera son parcours photographique sous la forme d’une projection commentée.