L’œuvre de Bettina WitteVeen s’édifie sur de grands projets dont la réalisation exige à chaque fois des années de travail. À partir d’une longue enquête historique, l’artiste sélectionne des documents photographiques qu’elle transforme par des interventions plastiques en séries thématiques de tableaux. Chaque projet révèle la dimension universelle des questions qui concernent toute société humaine depuis la nuit des temps. Ainsi, Sacred Sister, fruit de sept ans de travail dans les jungles d’Indonésie et d’Asie du sud-est, est une méditation saisissante en cent tableaux photographiques sur la puissance de la féminité, indépendamment des époques et des régions géographiques. Un autre projet, Gilgamesh, du nom d’un roi de Mésopotamie, actualise l’un des plus anciens récits épiques de l’histoire humaine, découvert sur des tablettes d’écriture cunéiforme dans les ruines de Ninive. L’artiste met en rapport cette épopée qui traite du sens de l’héroïsme et du rôle du souverain dans la civilisation avec l’histoire actuelle de l’Irak. Gilgamesh trace un autre parallèle entre l’apparition du langage informatique et la révolution qu’a représenté il y a cinq mille ans l’invention de l’écriture cunéiforme.

Le projet présenté à Lectoure, The Heart of Darkness, entrepris il y a trois ans, est inspiré du chef d’œuvre de Joseph Conrad. Composé d’ensembles autonomes de cinq tableaux, ce poème photographique se développe par la création d’un nouveau polyptyque à chaque exposition. Bettina WitteVeen y explore certains épisodes de l’histoire des XIXe et XXe siècles au moyen de photos d’archives dotées d’un fort impact visuel. En assemblant des images, fragments d’Histoire recueillis de diverses sources, elle crée des allégories d’une grande cohérence qui nous emportent vers le versant sombre d’une mémoire brute où gisent les drames liés aux génocides, aux guerres et au terrorisme, là où nous assaille cette question : “N’est-ce pas dans la guerre et le génocide que l’Humanité trouve son expression ultime ?”

Mais chaque polyptyque de The Heart of Darkness comporte une image – le plus souvent un portrait – qui rappelle que l’être humain est aussi capable d’altruisme et de héroïsme.

---------------
Bettina WitteVeen, née à Mannheim (Allemagne), vit principalement à New York.
Diplômée en histoire de l’art du Wellesley College, elle dirige la fondation d’obédience bouddhiste Metta Enlightenment, qui se consacre à la défense de causes humanitaires, éducatives et écologiques.
Site de l'artiste : www.bettinawitteveen.com