Centre de photographie de Lectoure


American Pictures

Jacob HoldtEn 1971, à 24 ans, Jacob Holdt découvre les États-Unis, qu’il parcourt à pied et en stop, vagabondant pendant cinq ans, traversant 48 états, avec une attirance particulière pour les démunis et les miséreux. Fils, petit-fils et arrière-petit-fils de pasteur, il était destiné à une carrière ecclésiastique. Dans ses lettres, il raconte à son père ses déboires, ses errements mais aussi ses premières rencontres, Waltdenia Lewis l’écrivain, Nell le gangster, la famille Kennedy…

Incrédule, le père envoie à Jacob un appareil photo pour obtenir des “preuves” de ce que racontent les lettres. Devenu photographe à cause de l’impérieuse exigence du témoignage, Jacob Holdt réalisera des milliers de clichés en couleur qu’il a rassemblés dans un livre en forme de journal intime, American Pictures, édité en 1978. Presque inconnu du monde de la photographie, Jacob Holdt est une figure du milieu militant danois. Ayant pratiquement abandonné la photographie, il vit aujourd’hui des conférences contre le racisme qu’il donne sur la base du travail documentaire engrangé à l’époque.




“C’était la guerre au Vietnam, j’étais opposé à la politique américaine mais j’aimais les gens en Amérique. Quand je suis arrivé aux États-Unis, je suis immédiatement tombé amoureux du pays mais la première chose qui m’arriva fut de me faire braquer par trois Noirs. Cela a changé ma vie et m’a donné envie de comprendre l’origine de toute cette haine, de toute cette souffrance derrière les armes. […]

Parfois, grâce à mon appareil, je prétendais faire un documentaire sur les États-Unis et si le type était un peu raciste, je le plaignais : Oh, les pauvres Blancs. Une fois, en voiture, […] j’ai montré à un type des photos de gens qui vivaient dans les ghettos dans des conditions très difficiles et il a réagi comme on réagirait aujourd’hui. Ces Blancs n’imaginaient même pas que ces conditions de vie puissent exister. Alors, il a garé sa voiture sur le bas-côté, et il m’a dit : – Non, vous avez dû venir dans les années 60 à l’époque de la lutte pour les droits civiques mais aujourd’hui tout cela c’est réglé, on fait attention, on vit tous en harmonie. – Ce sont des photos prises aujourd’hui, lui ai-je dit, Vous ne me croyez pas ? Vous voulez que je vous fasse rencontrer une personne que j’ai photographiée ? Vous savez cette photo-là, par exemple, a été prise dans le ghetto pas loin d’ici. Donc je l’ai conduit à une cabane, pas très loin où une vieille dame de 104 ans et sa petite fille faisaient un feu de bois, comme on le faisait au Danemark au Moyen-âge. Devant cette scène, il s’est trouvé confronté à son histoire, choqué de voir que ces conditions de vie existaient encore aux États-Unis.” Entretien avec Natacha Wolinski, Mat ou brillant, France Culture, mardi 11 avril 2006.




_______________

Jacob Holdt vit à Copenhague, où il est né en 1947.

Plus d’infos : site de l’artiste

Photographie : American pictures, 1970/75.

Commissaires de l’exposition : Paul Cottin et Jérôme Sother.
Exposition coproduite avec la Filature de Mulhouse – scène nationale, le Centre Atlantique de la Photographie de Brest, le Théâtre La Passerelle – scène nationale de Gap et des Alpes du sud et le Centre Culturel André Malraux – scène nationale de Vandœuvre Lès Nancy.


Halle aux grains.