Centre de photographie de Lectoure


Elle est là

L’exposition se compose de cinq grandes photographies installées en divers points de la ville.

Élodie Lecat


“Élodie Lecat rejoint ici un courant de jeunes créateurs qui veulent en découdre avec l’histoire, les histoires, sans en passer par l’absolue nécessité d’un début et d’une fin. On en aurait enfin fini du grand roman, même si on garde la fascination pour le vaste récit, le cinéma nous a irrémédiablement reformatés le rapport au temps raconté. Élodie Lecat montre et démontre sans cesse nos aspirations à faire de la vie un roman, qui est devenu un scénario, que tout contribue à dérégler. Il y a dans tout cela un profond désir d’éviter l’enfermement, une vraie problématique sourde des enjeux de la liberté qui unit, mystérieusement, l’artiste et son spectateur. Il y a aussi cette ambiguïté à rejoindre les archaïsmes du récit tout en évitant de tomber dans l’Histoire, celle, justement, qui se consigne dans les livres. On préfère l’histoire universelle, celle des ères climatiques et des êtres qui se transforment dans l’invisible, qu’on raccroche aux faits divers, aux circonstances.

Notre rapport à la fiction change. La façon qu’a Élodie Lecat, d’utiliser le médium photographique en est un symptôme flagrant. Puisque la photographie change si vite, au point qu’on oublie trop souvent de nous enseigner son histoire, elle semble se résoudre là, à n’être qu’une possibilité à portée de main. Comme on caresse un espoir, on capture des images.


Le décor est planté. C’est l’été, toujours cette magnifique circonstance du festival. Élodie Lecat a installé ses photos inachevées que je ne connais pas encore. Elle a choisi d’ouvrir le champ, les images seront à l’extérieur, nous les fréquenterons dans le climat, en prise directe avec le somptueux paysage de Lectoure.

Ici je ne peux m’empêcher de repenser à cet après-midi où l’écrivain vieillissant, l’habitant de Providence d’Alain Resnais, reçoit ses hôtes, qui sont les membres de sa famille, mais aussi les protagonistes de son roman, accessoirement les acteurs du film et surtout les brouillons d’une pensée qui s’échafaude. Ils sont dans le parc, à table, à midi et la caméra quitte leurs conversations le temps d’effectuer une ellipse dans le jardin, au vent des arbres, avant de revenir constater que l’ellipse à bien eu lieu puisque nous sommes, visiblement, en fin de cet après-midi qui nous a échappé. Il y a là une sorte de temps zéro des histoires, celui où tout se superpose, les souvenirs, les possibles, les amorces, les chutes. À Lectoure, comme ailleurs, Élodie Lecat va nous plonger dans cette demi-conscience trouble de la mise au point, cette valse-hésitation entre les images d’un récit confié, chuchoté et le temps partagé, bousculé des histoires. Le temps de rien ou presque.” Olivier Nottellet




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Née en 1975, Élodie Lecat vit à Paris. Elle est diplômée de l’École supérieure des beaux-arts de Toulouse.

Télécharger le texte intégral d’Olivier Nottellet (Pdf – 60 Ko).

Photographie : Plage, 2004.

Commissaire de l’exposition : Olivier Nottellet.


Espace public.