Centre de photographie de Lectoure


Salles d’attente

Inspirées des posters grand-format qu’on trouve encore dans certains lieux ouverts au public – phénomène non dénué de provincialisme qui pouvait aussi bien recouvrir les murs d’un cabinet de médecin généraliste que ceux d’un bar-tabac – ces photographies, réalisées sur un mode parodique, sont le prétexte à une installation qui s’attache à restituer le climat stéréotypé de leur référent. Reprenant les caractéristiques globales de ces espaces – images de paysage et d’architecture, présentation en lés de papier imprimé collés au mur, disposition en vis-à-vis des images et du mobilier, diffusion de musique pour les personnes en attente – quatre variations successives vont s’articuler dans un espace compartimenté, de manière à permettre une lecture autonome de chacune, tout en laissant le champ nécessaire pour que des correspondances – des pléonasmes – puissent s’établir de l’une à l’autre.

En distordant légèrement la fonction que le dispositif occupe dans le réel, où une image monumentale envahit un espace clos, polarisant toute l’attention du regard et instaurant un état de contemplation forcée, il est dès lors possible de réenvisager l’attente dans son acception archétypale, sa dimension existentielle. Les images choisies s’efforcent, comme leurs modèles, d’inviter à une certaine rêverie censée se déclencher face à un type de paysage idyllique et standardisé. Sauf que la nature de la rêverie est ici pervertie, ou plutôt nettoyée de toute illusion d’un ailleurs merveilleux et immuable pour provoquer un retour à une conscience plus lucide de la relation à l’espace et au temps.


Bertrand SegonzacLa cohérence de la proposition est perturbée par la transcription picturale d’une des quatre images mises en scènes. Cette démarche n’a évidemment pas pour but d’enfermer la peinture dans le cliché d’une prétendue plus-value décorative par rapport à la photographie. Car face aux lieux choisis, tous physiquement ou fonctionnellement abandonnés par l’homme dans le paysage, la représentation, quel que soit son mode, a seulement à s’occuper des temps qui se sont effectivement arrêtés. Peu importe alors qu’une portion désaffectée d’autoroute s’efface sous les broussailles, que des containers succinctement aménagés en bergerie achèvent de pourrir sur place. Peu importe qu’on se trompe, en observant le reflet de notre activité dans un plan d’eau grillagé affecté à la gestion de l’écosystème local, et de croire y trouver, face aux montagnes, Narcisse évoluant en milieu pollué, la preuve tangible de sa beauté. Bertrand Segonzac




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Né en 1972, Bertrand Segonzac vit à Saint-Bertrand de Comminges (Haute-Garonne). Il est diplômé de l’École supérieure des beaux-arts de Montpellier.

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Photographie : Salle d’attente 4, 2006.


École de l’Immaculée Conception.