Centre de photographie de Lectoure


L’ombre de Jan Svoboda

Jamais Jan Svoboda n’a voulu être considéré comme photographe, et son œuvre en témoigne. […] S’il utilise ce médium, c’est pour en déjouer la technicité, et le pousser jusqu’aux limites extrêmes de l’expérimentation, tant par les thèmes que par les formats. Mais c’est au sein de “l’art” que son travail s’inscrit. Svoboda ne cesse en effet de se comparer à un peintre, c’est dans la peinture qu’il va chercher ses modèles : en 1960, il devient membre du groupe Máj et expose, comme seul photographe, avec les artistes de ce groupe.

Son œuvre constitue aujourd’hui l’une des composantes les plus fortes de l’art tchèque et l’une des plus originales. Bien qu’elle jouisse d’une grande reconnaissance à Prague, elle n’a été que très peu montrée en dehors du pays. L’exposition de Lectoure est sa première exposition monographique en France.


Jan Svoboda“La majeure partie du travail de Jan Svoboda est consacrée aux objets de son environnement domestique : la table ovale de l’appartement, l’étagère étroite près de la fenêtre, le mur, du papier photographique, du papier froissé, plus rarement des fruits dans une assiette. […] Tourner le dos au nombre, isoler l’objet, le rendre unique dans un espace où il peut se déployer, où l’espace s’organise autour de lui, telle est la préoccupation qui traverse l’ensemble du travail de Jan Svoboda. Et de fait, jamais le regard du photographe ne domine l’objet, jamais il ne le surplombe d’une manière autoritaire, comme s’il en connaissait les moindres détails et voulait le saisir dans son intégralité pour le livrer à celui des autres. Au contraire, il s’approche de lui, le respecte, hésite à se poser sur lui, comme pour ne pas le troubler, il cherche des angles différents, invente des situations nouvelles, se tourne vers l’espace qu’il génère, vers son ombre, vers le vide qui l’entoure et l’accompagne. C’est dans ce vide que se reconstitue l’aura perdue de l’objet et par lui que se rétablit le lien perdu au sujet. […] Loin de vouloir reconstituer nostalgiquement un passé perdu et d’y reporter chaque instant de sa vie, Svoboda s’efforce au contraire de redonner à l’objet cette existence autonome que l’époque contemporaine a estompée, son caractère singulier et la potentialité des relations au monde qui lui sont inhérentes. Photographier encore et toujours le même objet, c’est affirmer qu’il vaut en soi, qu’il n’est pas un objet quelconque résultant d’une trouvaille fortuite, mais qu’il y a un au-delà de lui, qu’il est inséré, comme la table de son enfance, dans une histoire, dans un tissu complexe de relations, qu’il est accompagné d’une aura. Sentir l’aura d’une chose, c’est lui conférer le pouvoir de lever les yeux, écrit Benjamin. Le surgissement de la chose éclaire un instant l’existence entière.” Michel Métayer, L’ombre de Jan Svoboda, extraits.




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Jan Svoboda est né en 1934 à Buhonovice (République tchèque). Il a vécu à Prague de 1950 jusqu’à sa mort en 1990.

Télécharger le texte intégral de Michel Métayer : version françaiseversion tchèque (Pdf – 108/184 Ko).
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Photographie : Moitié VII, 1970.

Commissaire de l’exposition : Michel Métayer.
Exposition coproduite avec la Filature de Mulhouse – scène nationale et réalisée avec l’aimable collaboration d’Anna Svobodová. Les tirages de l’exposition sont de la main de Svoboda.


Centre de photographie de Lectoure.