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Yuki Onodera noublie pas quil en est de limage comme de lair quon respire. On la consomme en abondance et sans sen rendre compte. Elle est partout : dans notre environnement, mais aussi en nous-mêmes, puisque que cest par son entremise que nous accédons au réel, qui en soi nexiste pas. Cest bien par notre perception et nos interprétations que nous construisons et que nous donnons consistance à des mondes possibles. Parce que limage est à la fois interface et simulation, Yuki Onodera se préoccupe essentiellement de réfléchir à ses enjeux et, simultanément, de la réfléchir, en convoquant le monde équivoque des ombres et des reflets. [ ]Yuki Onodera veille à ne pas charger ses images démotions et de sentiments. Elle ne cherche ni à exprimer son ego, ni à enregistrer la réalité ; elle fabrique dailleurs des photographies préparées, à linstar des pianos préparés de John Cage qui plaçait entre les cordes de linstrument divers objets destinés à en démultiplier le timbre. [ ] Chaque photographie est le résultat de déformations et de petits décalages volontaires qui sinsèrent dans le circuit de linformation. [ ]Loin de vouloir photographier des instants décisifs, elle scrute les apparences et cherche à capter lépaisseur des choses pour accéder à dautres niveaux de réalité. Elle tranche dans les flux de linformation plutôt que de se laisser emporter par eux, comme si pour comprendre un peu mieux le monde, il fallait non pas vouloir tout embrasser, mais prélever des échantillons, les isoler et les soumettre, comme le font les chercheurs ou les alchimistes dans leur laboratoire, à des examens, des expériences et des catalyseurs. [ ] Il sagit bien de fabriquer un objet et pas seulement une image, dajouter quelque chose au monde et pas seulement de capter ses reflets. Non pas de copier la nature mais de procéder comme elle. [ ]
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Évence Verdier, extraits de Les ombres incarnées
de Yuki Onodera. |
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Centre de photographieNée en 1962 à Tokyo, Yuki Onodera vit à Paris depuis 1993. Elle est Prix Niépce 2006. Le Shanghai Art Museum lui a consacré une exposition personnelle en 2006.Représentée par la galerie RX (Paris), qui a apporté son concours à cette exposition.
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