Centre de photographie de Lectoure

Yuki Onodera


“Ce qu’elle traque, c’est la réalité d’un monde singulier et poétique, qui est le sien. Parce qu’elle est depuis longtemps une Japonaise de Paris, elle s’acharne à contredire sa langue maternelle : la photographie, entre ses mains, n’est plus une manière de capter la réalité (traduction littérale du mot sashin) mais elle devient un langage subjectif et poétique qui lui sert a exprimer sa propre vision du monde.

[…] Yuki Onodera fait exploser la fiction du réalisme photographique et des genres qui le servent. Ses portraits ne sont pas de vrais portraits, pas plus que ses sportifs ne sont de véritables sportifs ou ses architectures urbaines des architectures de pierre, de verre ou de bois. La photographie lui sert à débusquer sous le réel une vérité qui est la sienne, pleine de poésie et de charme. Elle n’enregistre pas le visible, elle le crée, ou plutôt, elle invente du visible avec de la lumière. Elle va ainsi à l’essentiel, travaillant la photographie comme construction d’une autre réalité. Peu nous importe le dispositif technique adopté, les petites manipulations employées, il est indifférent qu’elle parte d’images trouvées dans les magazines ou de ses propres photos, ce qui compte c’est qu’elle cherche avec application et constance à remettre en cause le statut de l’image.

[…] Yuki Onodera se livre à un incessant travail de décapage des apparences pour nous faire accéder à un autre niveau de réalité, pour nous rendre visible l’invisible.”

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Alain Sayag, catalogue de l’exposition au Shanghai Art Museum, 2006.

Yuki Onodera n’oublie pas qu’il en est de l’image comme de l’air qu’on respire. On la consomme en abondance et sans s’en rendre compte. Elle est partout : dans notre environnement, mais aussi en nous-mêmes, puisque que c’est par son entremise que nous accédons au réel, qui en soi n’existe pas. C’est bien par notre perception et nos interprétations que nous construisons et que nous donnons consistance à des mondes possibles. Parce que l’image est à la fois interface et simulation, Yuki Onodera se préoccupe essentiellement de réfléchir à ses enjeux et, simultanément, de la réfléchir, en convoquant le monde équivoque des ombres et des reflets. […]

Yuki Onodera veille à ne pas charger ses images d’émotions et de sentiments. Elle ne cherche ni à exprimer son ego, ni à enregistrer la réalité ; elle fabrique d’ailleurs des photographies “préparées”, à l’instar des “pianos préparés” de John Cage qui plaçait entre les cordes de l’instrument divers objets destinés à en démultiplier le timbre. […] Chaque photographie est le résultat de déformations et de petits décalages volontaires qui s’insèrent dans le circuit de l’information. […]

Loin de vouloir photographier des “instants décisifs”, elle scrute les apparences et cherche à capter l’épaisseur des choses pour accéder à d’autres niveaux de réalité. Elle tranche dans les flux de l’information plutôt que de se laisser emporter par eux, comme si pour comprendre un peu mieux le monde, il fallait non pas vouloir tout embrasser, mais prélever des échantillons, les isoler et les soumettre, comme le font les chercheurs ou les alchimistes dans leur laboratoire, à des examens, des expériences et des catalyseurs. […] Il s’agit bien de fabriquer un objet et pas seulement une image, d’ajouter quelque chose au monde et pas seulement de capter ses reflets. Non pas de copier la nature mais de procéder comme elle. […]

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Évence Verdier, extraits de Les ombres incarnées
de Yuki Onodera
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Centre de photographie

Née en 1962 à Tokyo, Yuki Onodera vit à Paris depuis 1993. Elle est Prix Niépce 2006. Le Shanghai Art Museum lui a consacré une exposition personnelle en 2006.

Représentée par la galerie RX (Paris), qui a apporté son concours à cette exposition.


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Photographie : Yuki Onodera, “Eleventh Finger”, Nº 05, 2006.