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Loccidental mis en face de luvre de Mirela Popa, peut-être, haussera les épaules. De quoi y est-il question ? De frêles et un peu trop démonstratives gymnastes roumaines qui posent fièrement, quelque peu apprêtées, devant lobjectif photographique de lartiste. Dimages guère attractives de la Roumanie, ouvriers avec leurs machines de chantier, populations de grands ensembles, anonymes ou membre de la famille de lartiste photographiés selon un mode réaliste, à la manière dAugust Sander. Dallusions au passé communiste de ce pays balkanique anciens carnets de citoyenneté frappés de létoile rouge agrandis et affichés tels quels par Popa, dans des expositions ou dans la rue , un pays que limaginaire, de ce côté-ci du monde, ne conçoit que sinistré, jamais revenu de la dictature de Nicolae Ceausescu. [
] Bref, toutes les chances a priori pour que luvre de Mirela Popa ne soit pas vue pour ce quelle est.
Autobiographie politique
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] Inséparable de cet arrière-plan miné que forme lhistoire récente de la Roumanie, luvre de Mirela Popa se présente comme un autobiographie, mais alors sélective, et orientée. Répétition sans fin (1999), par exemple, montre les clichés noir et blanc, grandeur nature, de fillettes gymnastes dans des poses déquilibre. Popa a photographié ces dernières à Sibiu même, à lendroit où elle sentraînait une dizaine dannées plus tôt. Lallusion à sa propre vie est patente : comme une résurrection delle-même, un retour à sa propre condition enfantine. Autre allusion, non moins : la domination que le pouvoir exerce sur les corps. Celui quarborent ces fillettes, en loccurrence, ne leur appartient pas, plus sûrement est-il la propriété du système, et lotage du conditionnement social, sa construction. [
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Une agrégation
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] Empreinte dune sensibilité inquiète mais aussi lestée de familiarité et de reliance (en attestent lattention de lartiste à sa famille, ses photographies de ses compatriotes, ou encore une performance réalisée avec sa mère), luvre de Mirela Popa savère encore politique en ce quelle est agrégative, en tendance du moins. [
] Roumaine par ses origines, Mirela Popa est une expatriée, une Française dadoption récente. Quoique installée en France, elle garde le contact avec son lieu natal, quelle fréquente rituellement. Élevée au lait de lutopie socialiste (généreuse par principe), mais alors travestie, manipulée par des barbares déguisés en hommes dÉtat (le communisme soviétique : sa violence, son intolérance, son mépris de la personne et du droit humain), Popa vit à présent à lOuest, paradis des cultures matérialistes, hédonistes et individualistes mais aussi du cynisme et du mépris dautrui. Trahison par trahison, en quelque sorte
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] Mirela Popa, donc ? Une autobiographie. Un corps entre deux mondes un monde qui est là, un autre situé autre part , entre deux histoires lune révolue, lautre en cours balançant entre deux modélisations esthétiques soit faire tenir ensemble, par le truchement de lart, des données séparées, soit devoir constater que la réalité est un pouvoir de division dabord , le tout ourlé dans une uvre en rapport, aussi inscrite que fragile, aussi ancrée dans notre temps quelle se montrera parfois nostalgique. Ce qui dit bien lartiste delle-même, dun propos clair et sans équivoque : Je me suis aperçue que ce qui mappartenait en propre, ce qui me définissait, ce nétait plus un lieu, une histoire, mais une oscillation, une hésitation permanente entre deux lieux, deux histoires. Le rôle de lart, cette donne étant ce quelle est ? Faire tenir lensemble, lui donner sa cohérence, stabiliser là où lexpérience du réel acquiert pouvoir à déstabiliser nos vies. Où lart réenracine, fixe le corps du témoin du monde que nous sommes chacun, que promène et ballotte le réel, sans répit.
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Paul Ardenne, Mirela Popa, allers et retours, texte pour le catalogue Mirela Popa (2004).
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