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Voici des paysages deau, des visages et des mots, dans ma peinture, qui nexistent et ne sont réalité que par limmersion quils proposent, dans un lieu qui peut se définir et se penser en terme de séparation, de distance, cest-à-dire de lien. Voilà, je les nomme, Les civils aux abris sous les bombes 2006, Pressions panoramiques pour un cessez le feu 2006
Il y a toujours un côté et lautre de limage, tout comme il y a un côté et lautre de la peinture. La conscience de la relation que lon entretient avec limage : photographique, télévisuelle, imprimée, textuelle ou même virtuelle
, donne sa réalité politique, si lon peut dire à lobservation ou au travail avec le réel.
Limmersion à laquelle convie ma peinture sinscrit dans la métaphore de linvisible, du vivant et de la mort, du voyage que constitue ce lieu profond, inquiétant et mouvant quest la rivière.
On peut voir, aussi, y flotter des cervelles : Étude pour un carnage de trop 2006
et parfois derrière la surface, dans lentre-deux du tableau, volent des mouches noires, bien vivantes, qui font du bruit.
Je cherche à mettre le visible et le réel à lépreuve du temps de la peinture, à libérer limage de sa subjectivité et de son rythme effréné, pour permettre au spectateur une appropriation et une nouvelle lecture et par là-même enfin habiter luvre de lémotion ou de la pensée quelle lui procure. Il y a une temporalité propre au fait pictural et jaccorde à la peinture le pouvoir de retarder, de permettre une décélération du temps, et cest dans ce pouvoir de ralentir que je situe les enjeux de la peinture.
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Toucher cest aussi penser. La matière est la mémoire du temps de la peinture, elle garde en mémoire les gestes, les opérations
dans ma peinture, la première couche est un vide, un creux, une absence. Elle est lempreinte dune surface marquée par la chaleur dune flamme, griffée, stigmatisée, qui laissera juste lillusion de sa matière : la cire. Ainsi ce qui est visible à lextrême de la surface du tableau est de lordre de linvisible, juste la mémoire dune opération, dun geste.

Ma peinture est pour moi un moyen déprouver linabordable, de tenter lexpérience de linvisible. Ce qui mintéresse au-delà de la question posée de lambiguïté du regard cest dinstaurer le trouble, le doute, le désir. Je mintéresse à ce qui me regarde. Faire un portrait à partir de limage télévisée dune personne cest penser, par les moyens de la peinture, à partir dune représentation soumise aux aléas du pouvoir. Je suis dans le désir de me voir voir et dexpérimenter un art dont laction est de nature contemplative et esthétique, et dont lutilité ne relève pas du seul instrumentalisme. Je cherche à donner de la corporéité à limage, à notre perception des visages et des paysages jusquà atteindre un point de vacillement, de tremblement, pour ouvrir un passage à travers la surface, en quête de profondeur, de mystère et de poésie.
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Bernard Rousseau, La peinture vue comme lieu de médiation.
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