
“L’œuvre de Stan Amand ne se présente pas comme une suite régulière de projets ou d’images distribuées en ensembles figés, exposés ou édités régulièrement : photographe mais aussi urbaniste, l’artiste vit d’enseignement et de commandes et pratique, selon une tradition toute duchampienne, l’art en dilettante, c’est-à-dire fondamentalement.
Toujours en voyage, et toujours attentif, Stan Amand développe un Livre qu’il expose selon son état d’inachèvement. […] Mais livre ne décrit pas assez l’originalité de l’entreprise ou plus simplement sa forme : la publication de lettres à une galeriste imaginée, femme de l’art à laquelle l’artiste confie des impressions sur le monde, impressions illustrées et formant à chaque fois une page.” Michel Poivert
“Parmi les opérations qui constituent l’œuvre en cours de Stanislas Amand (citons pêle-mêle le dispositif du journal, de la correspondance, du film, etc.), l’une marque plus que d’autres le goût de l’artiste pour la relation entre l’usage des images et leur valeur affective. Il s’agit de la collection. Cette collecte sélectionne des photographies emblématiques de la vie de famille à l’arrivée des procédés couleurs, soit au passage des années 1960-70. À cette période où le noir et blanc quitte l’album de famille et sa facture antique pour laisser place à des images qui se relient au présent par la magie de leur chromatisme. Mais, comme tout, ce dernier est passé comme l’on dit que les couleurs passent et ce chromatisme qui était la vie se charge du temps. Stanislas Amand enquête dans ce temps, par cette voie-là qui est commune mais intensément singulière : des vacances, des motos, des scènes qui ressemblent désormais aux séries TV de jadis, aux images collectives des publicités et des posters. Plus rien des protocoles anciens ou presque, les déhanchements et les rires, les maillots de bains deux pièces et les blousons de cuir cintrés ont recouvert les alignements des photos de classe et de mariage. […] Cet étrange pouvoir des images, d’être à la fois singulières et collectives, nous plonge dans une relation particulière à l’Histoire. […] Fabriquer une collection de ce type-là n’a toutefois pas qu’un intérêt socio-historique. Il s’agit aussi d’établir sur un mode intuitif les cadres d’une nostalgie qui est en train de devenir celle de toute une génération née dans les Trente Glorieuses.” Michel Poivert