Stephanie KiwittStephanie Kiwitt arpente le continuum du quotidien urbain pour tenir la chronique photographique de petites “installations” qu’elle repère dans cet espace public. Ces interventions, si peu visibles pour le passant qui marche d’un pas pressé, sont le fait d’individus isolés et ne relèvent pas d’actes prémédités de modification de l’espace urbain. Le plus souvent, ces non-évènements sont les produits de petits arrangements, accidents, adaptations qui viennent, comme par effraction, s’immiscer dans le bel agencement de la ville pensée par ses gestionnaires.

La volonté d’administrer rationnellement, parfois même arbitrairement, l’espace urbain, se heurte nécessairement à la complexité, au hasard, à l’imprévisible. “Le quotidien, c’est pour moi une continuité de déroulement d’actions, réglées par des normes et des structures d’organisation. Ce qui m’intéresse, ce sont ces états du quotidien dans lesquels cette continuité est interrompue, soit par des incidents imprévus (ordres hors fonctionnement, annulés, abrogés), soit par les comportements divergents (aberrants) d’individus.”

Prises séparément, ces petites intrusions ne retiennent guère l’attention. Le travail de Stephanie Kiwitt consiste à les mettre en perspective, en échos, à en restituer la composante poétique, irréductible. Rien de spectaculaire, mais la nécessité d’opposer à l’ensemble le singulier.

Le choix de la multiplicité de formes employées dans l’exposition – tirages couleur d’après négatifs, impressions laser en grand format, vidéos, livre, sont autant de points de vue, autant de lectures possibles de ces à côté de l’espace urbain. Cornerville visualise un endroit qu’on ne peut pas décrire comme un espace homogène, régi par des structures stables, certaines. Le but de ce travail photographique est de réaliser une forme qui reprend ces principes d’un espace architectural en transformation permanente.

En transposant, sous une autre forme, ces “objets” de l’espace urbain à celui de l’espace d’exposition, Stephanie Kiwitt, interroge leur statut. Ces interventions par leur caractère réfractaire ne sont pas sans échos à certaines pratiques d’artistes auxquelles elles offrent comme une sorte de miroir. Paul Cottin

Halle aux grains

Stephanie Kiwitt est née en 1972 à Bonn et vit à Leipzig.
Elle est représentée par la galerie B2 (Leipzig).

+ d’infos : Gwin Zegal | galerie B2 |

Cornerville a été réalisé au cours d’une résidence à Marseille en 2006/2007. Cornerville, 112 pages, 53 photos, éditions Gwin Zegal, 2008.

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Exposition organisée avec le concours de l’association Gwin Zegal.


Photographie : Stephanie Kiwitt, “sans titre (1)”, de la série Cornerville, 2008.