Les photos de Zoe Strauss nous montrent de près cette Amérique urbaine dont on se tient généralement à distance pour préserver un sentiment de sécurité. En cadrant frontalement son sujet et de très près, Zoe Strauss oblige le spectateur à se confronter à lui dans un espace réduit. À l’instar de Jacob Riis, mais un siècle plus tard, elle attire l’attention sur les conditions de vie intenables de “l’autre moitié” de la population.

Avec des sujets aussi provocateurs, voire misérabilistes, Zoe Strauss, pourrait être accusée de choquer pour choquer ou de tomber dans les clichés les plus éculés de la critique du capitalisme récent.
Mais après tout, le paysage urbain offre le spectacle de la cohabitation insensée d’un mercantilisme débridé et d’une misère flagrante, comme le suggère cette image de Zoe Strauss représentant une boutique délabrée, quasiment vide (peut-être mise à sac ?) nommée “Tout”. Sur ce terrain pourtant rebattu, l’exposition est un véritable coup de poing. L’œil pénétrant et affûté de Zoe Strauss est aussi attentif aux stores déglingués qu’aux junkies, travestis et mutilés de guerre qui hantent les rues.
Parfois, cédant à l’attrait des formes abstraites, elle s’intéresse à des sujets tendres et légers : ballons aux couleurs de bonbons dressés comme des silhouettes humaines au-dessus d’un alignement de matelas, arbustes impeccablement taillés en boule devant la façade blanche d’un lycée. De telles images donnent davantage de crédibilité à ses photographies dures et frontales. D’après Debora Kuan, Art in America, février 2008.