Hors champs

Hermine Bourgadier travaille sur la société du divertissement et de la consommation, sur l’ennui et l’oubli de soi, et d’une façon plus générale sur l’idée du bonheur tel qu’il nous est proposé aujourd’hui dans notre société occidentale. L’exposition réunit trois séries : Catcheurs, Les Turfistes et Les Streetfighters.

“Images énigmatiques de l’univers du catch… Mais que font ces sportifs étendus au sol, prostrés apparemment inanimés ? Voilà des images étranges qui contrastent avec le déluge de photos d’athlètes en pleine gloire dont on nous a abreuvés durant les Jeux Olympiques de Pékin. La photographe Hermine Bourgadier s’est introduite au cœur des combats de catch pour en rapporter des images énigmatiques aux couleurs chaudes et aux ombres denses : elle leur ôte tout contexte, on ne voit plus ni l’adversaire, ni le ring, ni la foule des spectateurs. Elle ne conserve de l’événement que le moment où le catcheur vaincu mime la mort.”

Claire Guillot, Le Monde du 20 septembre 2008.

À propos des Turfistes (2003), Hermine Bourgadier écrit : “Les mécanismes sociaux du désir de gagner, la mise en scène de l’animal domestique, reposent ici sur l’intérêt porté à la place du spectateur, au hors champs du spectacle représenté. C’est là que se concentrent toutes les tensions”.

Dans Les Street Fighters, cette tension des joueurs est approchée au plus près par le cadrage. 

“Rien ici, d’un reportage à la sauvette. Plutôt des visages de cire, ceux de ces êtres du jeu qui ne sont donc pas des combattants de la rue, mais des virtuoses du virtuel. […]

Dans l’incertitude du sens à donner à cette expressivité des regards, s’impose plus largement le motif des têtes. Plus que les seuls visages, les Street Fighters sont des têtes au sens académique des têtes d’expression (avec leur typologie : colère, extase, frayeur, etc. ). Car ici tout se passe dans le port de tête et la tension que le regard fait subir à l’ensemble. L’éclairage en contre-plongée que produit l’écran de jeu dramatise les traits, les néons de la salle saturent et réduisent les couleurs, celles des peaux brillent de bruns et de verts, le tout est pris dans un jus visuel, un liquide cathodique qui prolongerait les vernis de la peinture classique.”

Michel Poivert, 2006.
Hermine Bourgadier
Hermine Bourgadier
Le livre Hermine Bourgadier, photographies (éditions Filigranes), présenté en avant-première pour l’Été photographique de Lectoure, a bénéficié du soutien : du Centre national des arts plastiques (CNAP), Ministère de la culture et de la communication (aide à la première exposition / au premier catalogue), de la galerie Schirman & de Beaucé (Paris) et du Centre de photographie de Lectoure.

Hermine Bourgadier vit à Paris où elle est née en 1974.
+ d’infos : galerie Schirman & de Beaucé.
Elle est représentée par la galerie Schirman & de Beaucé, Paris.
Remerciements à Renaud Garbe et Diane Venet pour le prêt des œuvres.
Photographies : Hermine Bourgadier, Catcheur 1, 2007 ; Turfistes, 2003.