“Alain Fidon est arrivé chez Léon Herschtritt avec (à prendre ou à laisser) des centaines de photographies, des photographies folles, morbides, des photographies qui ne ressemblaient à rien (Alain Fidon n’a pas la moindre culture photographique), de purs diamants mais des diamants noirs, d’extraordinaires plongées dans un enfer pervers où se célèbreraient nuit et jour les noces d’Eros et de Thanatos, photographies obsessionnelles jusqu’au vertige, ou à la mort, la mort dans son abjection la plus viscérale, la sale mort s’insinue, s’installe, triomphante sous le regard fasciné d’Alain Fidon…
[…] Nul doute qu’on stigmatisera Alain Fidon pour sa violence, ses excès. […] C’est que son œuvre est d’une originalité – d’une singularité devrais-je dire – profonde qui irrite les uns, stupéfie et fascine les autres.”
Comment en êtes-vous venu à la photographie ?
Jeune marié, avec une femme très belle, j’ai voulu la dessiner, faire des nus, et je me suis aperçu que je ne dessinais pas terriblement bien, j’ai donc acheté un Polaroïd et c’est ainsi que j’ai commencé à faire de la photo, en 1972. [Alain Fidon s’équipe d’un Nikon et développe lui-même ses photos]. En tant que représentant, je couvrais un grand secteur qui comprenait la Bretagne et la Normandie. Je photographiais les petits animaux morts au bord des routes. Au bout d’un an, j’avais d’un côté des nus, de l’autre des animaux morts. Mon caractère excessif aidant, j’ai pris contact avec la revue Photo Cinéma, qui a publié un portfolio et j’ai fait une première exposition intitulée Nus et Petites morts au Bistrot des Photographes à Paris, rue Montmartre. J’ai continué à photographier des nus et des petites morts, mais aussi des personnages dans la rue, comme on avait coutume de le faire à cette époque.
J’ai ensuite exposé à la galerie Canon à Amsterdam en 1974-75 puis en 1977 au Musée d’art moderne de la ville de Paris dans l’exposition de Michel Nuridsany Tendances de la photographie en France, avec Daniel Boudinet, Bernard Plossu, Keiichi Tahara.
En1977, je me suis aperçu que je me répétais. Alors, du jour au lendemain et pendant près de trente ans, j’ai cessé de photographier.
Comment en êtes-vous venu à ces collages, que vous nommez Bricollages et Correspondances aléatoires ?
Après ce blanc de trente ans (ou ce noir), je suis arrivé dans le Lot-et-Garonne en 2002 avec mes cartons de photos. Cet hiver là je m’ennuyais et je me suis mis à faire des collages avec mes anciens tirages. Je les ai appelés Correspondances aléatoires parce que cela venait un peu comme ça, un fond amenait un découpage, c’était un peu tiré au sort, quoique, quoique…
Cela m’a permis de créer à nouveau sans laboratoire et c’est peut-être à cette époque que j’ai acheté un appareil numérique. Ce besoin renaissant de photographier doit venir de ce temps-là.

