Vidéos ou photos, parfois accompagnées de textes et d’objets, les œuvres de Deniz Gül traitent, souvent avec ironie, de la construction de l’identité en relation avec l’organisation de l’espace public, les rôles sociaux, les mythes et les codes de la représentation. C’est en déconstruisant systématiquement les réalités qu’elle observe, que l’artiste révèle et fait exister une nouvelle réalité.
La série Backyard and Façade (Arrière-cour et façade, Istanbul, 2008) met en scène des rituels de la société contemporaine dans l’enceinte du palais Ilhamur. Ce pavillon de chasse de style occidental baroque édifié pour le sultan au début du 19e siècle, sert aujourd’hui de décor pour les photos de mariage. Backyard and Façade ironise sur l’engouement de l’Orient pour la culture occidentale.

Un regard attentif sur les vues touristiques de la série Mémoire d’un Rasoir (Istanbul, 2006) nous révèle que les mouettes qui peuplent le ciel serein sont en fait des rasoirs, objets symboliques s’il en est à Istanbul.
Dans les deux photographies qui composent la série Raser les murs (Bombay, 2005), l’expression est prise au pied de la lettre. Sous l’action du rasoir, l’apparente solidité protectrice du mur s’avère illusoire. Le sang qui perle semble évoquer l’accumulation des souffrances cachées par la blancheur immaculée de l’enduit.

Deniz Gül et Ceren Oykut sont représentatives d’une génération d’artistes turcs qui accède à la scène internationale. Construire sur la dérision leurs représentations d’Istanbul et du monde dans des œuvres d’une grande qualité plastique leur permet d’aborder avec élégance et efficacité les questions les plus graves.