Depuis qu’elle est supplantée dans tous ses usages par l’image numérique, la photographie est dans tous ses états. À l’exception de quelques artistes, tout le monde s’adonne désormais à la “photo numérique”, feignant d’ignorer que l’image numérique n’est pas la photographie bien qu’elle en prenne les apparences et que notre quotidien est désormais peuplé de photographies qui n’en sont pas. Une conséquence positive de ce fâcheux état de confusion est qu’il favorise une diversité des pratiques et incite à une grande liberté des démarches. L’image fixe n’étant plus une empreinte physique mais une interprétation codée et indéfiniment malléable d’une réalité qu’elle est censée enregistrer, elle est par nature à la fois fiction et document, dans des proportions impossibles à déceler. Dans ces conditions, la mise en scène est devenue aussi légitime que le constat ou le mélange des deux. Pour traduire leur rapport au monde, les artistes, à l’instar des cinéastes, peuvent jouer plus que jamais sur toute la gamme qui va de la fiction pure au documentaire en passant par tous les mélanges possibles.

Comme toujours, les expositions sont accompagnées d’événements (performances, rencontres, conférences, projections, etc.) organisés pour l’ouverture puis pendant la durée du festival. François Saint Pierre

Quel Istanbul ? réunit des artistes qui y vivent ou en sont originaires. La diversité des approches, la pluralité des formes artistiques évoquent la richesse identitaire inépuisable de la ville, carrefour séculaire des cultures et reflet des enjeux de notre époque. À la limite du silence de Sarkis, est une méditation dans l’intimité d’une modeste maison chère à l’artiste, tandis que les photographies d’Ara Güler saisissent l’animation d’Istanbul dans les années 50-70. Les artistes plus jeunes – Gül Ilgaz, Ceren Oykut, Deniz Gül – voient leur ville comme une métaphore du monde actuel avec ses tensions, ses fragiles équilibres et ses jeux de pouvoir, tandis que les peintures de Jeanne Lacombe se présentent comme les pages d’un carnet de voyage. Quel Istanbul ? est présenté dans le cadre de la Saison de la Turquie en France avec le soutien de Culturesfrance et d’IKSV, Fondation d’Istanbul pour la culture et les arts.

Demeure intime de Frédéric Nauczyciel explore les mythes et les fictions qu’une famille construit pour elle-même et pour les autres. Les scènes ont été rejouées pour l’appareil photographique. À l’inverse, les images d’Hermine Bourgadier, aussi soigneusement composées que des mises en scène, ont été prises sur le vif. À quels drames renvoient ces corps gisant au sol, ces visages graves ? La réponse est donnée par les titres des séries : Catcheur, Street Fighters, Les Turfistes

Pourtant bien accueilli à l’époque par la critique, Alain Fidon n’a plus exposé depuis 1977 et cessé toute activité artistique jusqu’en 2000. L’exposition montre ses recherches actuelles, où la couleur joue un rôle important, mais aussi les sombres photographies des années 70 et les photomontages – Bricollages et Correspondances aléatoires – réalisés à l’époque et dans les années 2000.

Pour Zarma, changer à Babylone du collectif Odessa, est un dialogue en forme d’abécédaire entre photographie et littérature. Cinq écrivains ont écrit sur des images proposées par les photographes. Paradis d’enfer d’Isabelle Souriment anticipe à la manière d’une fable poétique les bouleversements qui menacent notre planète.

La présente édition rend compte de tous ces états possibles de la photographie. Dans la majorité des onze expositions, celle-ci est l’unique support de l’œuvre, mais dans quelques unes, associée à d’autres médiums comme l’écriture, elle n’en est qu’un élément. Parfois, elle n’est qu’une étape de l’élaboration d’une peinture ou d’un dessin et n’apparaît même pas.

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Photographie : Odessa photographie(s), Eden (détail), 2008.