À la limite du silence

Les choses doivent trouver leur silence, j’aime une exposition lorsqu’elle trouve son silence, Sarkis.

Dans la modeste maison d’une parente qui vient de mourir, au cœur d’Istanbul, Sarkis découvre que la vie ne s‘est pas arrêtée et se manifeste par divers signes : les oignons germent, le robinet goutte, etc. Il décide alors de photographier cet état éphémère de la maison, sa respiration. Il associera ensuite aux agrandissements photographiques des mots en lettres de néon de Gilles Deleuze (tirés de la postface à Bartleby de Melville). Le néon, dit Sarkis, c’est quelque chose qui respire. 

Sarkis

Au commencement
les aboiements

“Au commencement…” est le début du titre des films de Sarkis : films très courts, élémentaires, réduits à leur plus simple expression, pour mieux condenser leur force poétique et leur sens.

Dans les faubourgs d’Istanbul, les aboiements se répondent inlassablement… Le film (2 mn 30), projeté en boucle, isole dans la nuit la silhouette d’un chien. Il se présente comme le début de tous les films possibles sur Istanbul, le cadre de toute action à venir. Aboiement, premier langage.

Sarkis est né à Istanbul en 1938. Il vit à Paris depuis 1964.
+ d’infos : site de l’artiste | galerie Jean Brolly.
Au commencement les aboiements (vidéo, 2 mn 30), extrait du film 109 tourné à Istanbul le 15 août 2007.
Sarkis est représenté par la galerie Jean Brolly, Paris.
Photographie : Sarkis, À la limite du silence, 1989 / 1999.

Artiste d’un profond humanisme, Sarkis crée des installations qui associent des objets collectés et ses propres œuvres (sculptures, aquarelles, photographies, films), multipliant les références à l’histoire, la géopolitique, la philosophie, la religion, les mythologies… Il expose cette année entre autres à Lille (Europe XXL), au Centre Pompidou, à la Biennale de Lyon, au musée d’art contemporain Istanbul Modern.

“La pensée de Sarkis est par nature dramatique. Elle prend constamment appui sur le ressort d’une action supposée, qui vient de s’accomplir, d’un événement dont on présage le surgissement imminent, d’une transformation interne mais voilée, d’un processus encore invisible, mais que l’œuvre […] est chargée de transmettre et de rendre perceptible. Spéculant sur le sentiment d’attente, de suspension temporelle, d’avènement possible, ses installations (mais aussi ses photographies, aquarelles, dessins, etc.) […] en appellent depuis toujours, et tout le contexte, à une théâtralisation inéluctable.”

Henri- Claude Cousseau, Sous le regard des icônes.

À la limite du silence /

Au commencement les aboiements