Suite à l’exposition de l’été 2010 au musée Calbet à Grisolles (82), je me propose de poursuivre, dans un deuxième temps, un propos artistique autour de la figure du geai.
À Grisolles le projet s’appuyait sur une narration, cachée, ayant pour figure principale le geai et sa faculté d’imiter les cris, les chants, les sons et les bruits de la forêt. C’était un stratagème pour produire des images peintes, trois séries d’images – affiches, huiles, tempera – qui devaient trouver leur place dans les espaces laissés libres de cet immuable musée des arts et traditions populaires : c’est la règle du jeu pour les artistes contemporains qui y exposent régulièrement. Dans ce musée rassemblant des témoignages épars de la vie des habitants de la région, les œuvres disséminées dans les salles, sans lien explicite avec l’histoire qu’elles étaient censées raconter, laissaient à l’imaginaire du visiteur tout le loisir de combler cette absence. Pour l’espace urbain, des affiches interrogeaient les passants par leur présence purement poétique détachée de tout objectif de communication, événementiel ou marchand.
À Lectoure, je centrerai le propos sur l’œil de mon oiseau et m’appuierai sur la pratique photographique du sténopé pour imaginer le suivre dans sa propre vision des différentes situations de sa vie. Forêts, rivières, certains espaces naturels nourrissent le souvenir de mes explorations de majestueux et mystérieux endroits de l’enfance, ils ont une constante influence sur mon travail.
Des réminiscences de l’histoire cachée (au musée Calbet) continueront à nourrir les photographies et à peupler la Cerisaie. Une édition d’affiches étendra cette présence dans la ville.
La Cerisaie, que j’ai choisie pour exposer, est une petite maison très ancienne, construite sur les remparts, au calme et flanquée d’un grand jardin-terrasse s’ouvrant sur le ciel.
En l’état actuel du cheminement inventif : dans un lieu comme replié sur lui-même, un, deux grands dessins rouges à même le mur et de petites peintures accompagneront de grands sténopés, et il est possible que d’un petit réduit, au centre de la maison, s’élève le langage du geai, et se cache son secret…
Ronald Curchod
Ronald Curchod est né en 1954 à Morges (Suisse). Il vit à Toulouse.