Anne-Sophie Emard Lignes de faille

« C’est l’éveil. Comme quand on appuie sur l’interrupteur et que la pièce se remplit de lumière. »
Nancy Huston, Lignes de faille

Mon travail s’alimente des observations que j’effectue lors de mes investigations, qu’elles se réalisent dans le monde réel ou celui de la littérature. 

Je me positionne toujours en observatrice, dans mes environnements familiers et dans les territoires qui me sont étrangers. Sur place je prends des notes et réalise méthodiquement des prises de vues photographiques et filmiques que je stocke sur un disque dur. Ce dernier devient une bibliothèque de matière première dans laquelle je puise régulièrement afin de restituer ces fragments de réalité dans des installations photo ou vidéo dont le vocabulaire cinématographique ne relève absolument pas du documentaire évènementiel mais de la fiction poétique.  

[…] À une invitation, un concours de circonstances ou une volonté précise de me rendre quelque part, je réponds toujours par le choix d’un livre qui va accompagner ma démarche. […] 

Je reconnais dans le roman que j’ai choisi pour m’accompagner à Lectoure, Lignes de faille de Nancy Huston, une méthode que j’applique dans la production de mes images. À l’instar du géologue, Nancy Huston procède à une sorte de carottage dans la mémoire de la famille et dans la mémoire collective. La structure narrative de son roman se développe comme un rhizome et j’ai souhaité mettre en lumière ce procédé que je reconnais (pour l’avoir mis en place dans ma démarche de plasticienne), dans la scénographie de mon exposition à la Maison Saint-Louis de Lectoure. Les lignes de faille dans les familles sont ces blessures qui se transmettent de génération en génération, à tel point qu’on en oublie les origines. Ce sont également ces traumatismes qui mêlent la dimension intime de l’individu à son environnement historique, social ou politique. Chacune de mes images propose cette imbrication, mélange plusieurs origines (géographiques, cinématographiques, personnelles) à tel point qu’il n’est plus possible de décrire les images qu’on a sous les yeux de façon claire.
Anne-Sophie Emard 

Anne-Sophie Emard, née en 1973 à Chamalières (Puy-de-Dôme), vit à Clermont-Ferrand. Elle est représentée par la galerie Odile Ouizeman (Paris).
www.annesophieemard.com – www.galerieouizeman.com
Exposition produite avec le concours de la galerie Odile Ouizeman (Paris).
Nancy Huston, Lignes de faille (Actes Sud, 2006).
Visuel : Anne-Sophie Emard, Rachaël (Blade Runner), 2009.