Awen Jones Living Sculptures

En 2008, invitée en résidence dans un lycée professionnel d’Amiens par l’association photographique Diaphane, Awen Jones a proposé aux élèves de réaliser avec eux des Living Sculptures. Elle leur demande de se métamorphoser en sculptures vivantes, œuvres éphémères, pérennisées grâce à la photo. L’artiste et le modèle choisissaient ensemble une posture, ainsi qu’un vêtement permettant de masquer le visage. Les élèves ont pu ainsi découvrir qu’avec trois fois rien, la perception des choses peut être transfigurée. Cette approche a aussi permis de désacraliser le processus créatif ou artistique, de le rendre accessible et ludique. Modèles ou observateurs actifs, les lycéens se sont beaucoup investis dans le processus, et saisissaient très rapidement l’instant de bascule : celui durant lequel le modèle vivant devient sa propre sculpture…

Dans ce travail, « la première chose à faire a été de prendre en compte la question du contexte. Le lycée est situé en périphérie de la ville d’Amiens, dans un quartier populaire. Les élèves de l’établissement ont un goût plutôt modéré pour l’école.[…]. À l’image de l’institution, ces élèves se situent en périphérie du bon parcours scolaire, des bonnes études, du bon job, du bon réseau. Certains sont tout à fait lucides et s’en accommodent. Cependant, une grande partie des lycéens que j’ai rencontrés dans ce cadre, adopte une attitude plutôt ambivalente, reflet des contradictions entre une envie réelle d’appartenir au monde et d’en épouser les codes dominants (bien gagner sa vie, avoir un job socialement valorisant et/ou passionnant, fonder une famille, progresser dans la pyramide sociale…) et une réalité quotidienne très éloignée de ces idéaux. […]

Dans ce contexte, le positionnement en tant que photographe s’avère compliqué, mais stimulant, d’autant plus que le proviseur n’a pris aucune disposition pour que les parents des 600 élèves signent une autorisation de droit à l’image. Il faut donc intégrer tous ces paramètres tout en proposant en très peu de temps une série cohérente de photographies.

Quelques élèves s’approchent, me demandent qui je suis, veulent poser pour moi, puis non, se rétractent. Certains envoient quelqu’un d’autre se faire photographier à leur place. D’autres prennent des poses assez provocantes, me lancent ensuite un regard gêné et s’enfuient en courant. Ce comportement m’a rappelé celui de ma propre adolescence : l’approche, la fuite, l’envie d’être vue, admirée et aimée et celle de se cacher, de disparaître, de s’enfouir sous des couvertures, de se protéger.
Du coup, nous pouvions partager quelque chose. Je n’étais plus celle qui venait « prendre » des photos mais celle qui leur disait : Jouons, partageons une expérience (Awen Jones).

Les petits papiers, volet 2 
Cartes de séjour

La photographie d’identité s’inscrit dans un vaste débat autour de la question de la preuve photographique. Actuellement, les codes régissant ce type d’images sont extrêmement précis. Ces codes permettraient de mieux reconnaître les personnes, grâce à des systèmes de mesure anthropométrique. Or, peu de gens se reconnaissent ou reconnaissent autrui par le biais de ces images.
Cette série comprend neuf images à ce jour, mais peut encore évoluer. Étant moi-même détentrice d’une carte de ce type, je procède à des échanges lorsque je rencontre quelqu’un qui détient une carte dont la photo me plaît. Mon titre de séjour sert alors de « caution » en quelque sorte, le temps que je scanne celui de la personne qui accepte de se prêter au jeu.

La carte de séjour est un document qui symbolise et cristallise certaines questions de notre monde contemporain : l’identité, le sentiment d’appartenance, le racisme, l’immigration, etc. Paradoxalement, ces images censées être la garantie la plus sûre de l’identité d’une personne, présentent lorsqu’elles sont agrandies, un aspect plutôt fragile, imprécis, en contradiction avec leur fonction initiale : valider à 99% l’identité et la viabilité d’une personne physique et morale sur le territoire français. 
Awen Jones

Awen Jones est née à Pontypridd au Pays de Galles en 1971. Elle a grandi en Suisse et vit actuellement à Paris.
Exposition produite avec le concours du laboratoire Photon (Toulouse).
Living Sculptures est le fruit d’une résidence organisée par Diaphane, pôle photographique régional (Picardie).
Visuels : Awen Jones, Living Sculptures, 2008. – Petits papiers, volet 2, 2005.