Si l’on dit qu’Ivan Pinkava s’exprime à l’aide du répertoire figuratif classique de la photographie en noir et blanc – personnages et natures mortes – il s’agit là d’une caractéristique imprécise. En effet, personnages et natures mortes s’y interpénètrent jusqu’à une unité particulière que l’on ne saurait interpréter qu’en considérant l’unité, dans le regard de l’artiste, entre vision du monde et vision du rôle au monde de l’individu. La figure humaine apparaît sur ses photographies comme un organisme vivant, au même titre que les artefacts matériels qui emplissent l’espace. Elle donne à l’espace son sens et son échelle. De quel sens et de quelle échelle s’agit-il ? C’est sans doute équivoque. Ce qui semble clair cependant, c’est l’accent mis sur le rôle du temps dans ce processus répété.
Maintes fois qualifiées de symbolistes ou décadentes, les photographies de Pinkava ne s’occupent pas de la surface des phénomènes constituant la réalité. Ce qui est important ici, ce sont les relations entre les différents éléments choisis, entre ces éléments et le cadre dans telle ou telle photographie, et entre les variations perceptibles d’une photographie à l’autre. […] Si l’on considère l’œuvre de Pinkava de façon linéaire, comme un chemin, on s’aperçoit d’un fait intéressant. La figure humaine – dominante, égocentrique, exposée au regard de façon maximale dans ses œuvres plus anciennes – se transforme. Elle devient épisodique ou disparaît entièrement. Elle se dérobe. N’en restent que diverses empreintes dans l’espace. Des traces de mémoire. […]
Il semblerait ainsi que le leitmotiv de l’œuvre de Pinkava se situe dans cet axe qu’est la prise de conscience chez l’homme de son caractère éphémère et par sa recherche d’une défense contre la panique, le désarroi et le désespoir qui peuvent découler de ce sentiment. À ce sujet, Gabriel Marcel parle de « l’axe de l’activité spirituelle » qui articule, dans la pensée, liberté et miséricorde. C’est de là que vient ce motif ambivalent du jeune homme, chez Pinkava, porteur de vitalité mais aussi échantillon unique de l’éphémère perfection de la vie, destinée à succomber à l’obligatoire destruction qu’entraîne le processus du temps.
Petr Vanous, Ivan Pinkava / Silence, silence et rêve (exposition à la galerie V. patro, Prague, 2009).
Ivan Pinkava est né en 1961 à Náchod (nord-est de la Bohême). Il vit à Prague.